Pourquoi le fœtus trinque quand sa mère fume

Posté le 02/03/2015| Par RAAUCENTER| Dans Santé
Pourquoi le fœtus trinque quand sa mère fume

Selon les derniers chiffres du ministère de la Santé, trop de femmes continuent de fumer durant leur grossesse, sans penser aux dangers multiples du tabac sur l'enfant, de sa conception à l'âge adulte.

Près d'une femme enceinte sur cinq (17,8%) fume toujours au 3e trimestre de la grossesse, selon le Baromètre santé 2014 de l'Inpes (Institut national de prévention et d'éducation pour la santé) dévoilé mardi. Des chiffres qui n'ont pas beaucoup évolué: en 2011, une étude de l'association Droits des non-fumeurs pour le ministère de la Santé estimait que 36% des femmes fumaient avant la grossesse, et que 20% continuaient jusqu'au terme.

La France, s'est inquiété Marisol Touraine, reste ainsi le pays d'Europe où le taux de femmes enceintes fumeuses est le plus élevé, alors que le tabagisme est le principal facteur de risque modifiable de la morbidité et de la mortalité associées à la grossesse. La ministre de la Santé veut donc mettre en place d'ici 6 mois, sur les paquets de cigarettes, un logo pour alerter sur les dangers du tabac pendant la grossesse. Mais au fait, quels sont-ils?
• Avant même la conception

Le tabac est clairement un ennemi de la maternité: les ovaires vieillissent plus vite, la muqueuse utérine, moins bien vascularisée, est moins favorable à l'implantation de l'œuf. Si toutefois celui-ci parvient à s'accrocher, la partie n'est pas pour autant gagnée: en 2012, une équipe du CHU de Nantes a montré, en observant les divisions cellulaires de 868 embryons dont 139 de mères fumeuses, que ces derniers étaient plus longs à se développer.
• Fausse-couche, grossesse extra-utérine, mort in utero…

L'œuf est implanté? Bravo! Mais mieux vaut qu'il soit au bon endroit, qu'il y reste et que tout se mette en place comme prévu… Or le tabac serait responsable de 35% des grossesses extra-utérines et multiplierait par trois le risque de fausse-couche spontanée dans les trois premiers mois de la grossesse. Par ailleurs, fumer augmenterait le risque de saignement vaginal et les problèmes liés au placenta. Le risque d'hématome retro-placentaire en particulier est multiplié par deux ou trois; cet accident rare (moins de 1% des grossesses) est gravissime car il aboutit une fois sur deux à la mort du bébé. Le risque de mort in utero du fœtus, en particulier au cours du 3e trimestre, semble en outre augmenté par le tabac en dehors de tous les facteurs de risque précédents.
• De l'embryon à l'adulte

Durant la grossesse, lorsque la mère fume, son sang est chargé en monoxyde de carbone et circule moins bien. Le bébé reçoit donc moins d'oxygène. Par ailleurs, de nombreux autres toxiques sont présents dans la fumée inhalée, «qui ont un effet sur l'épigénétique (la façon dont nos gènes s'expriment, ndlr) des cellules en développement», note le Pr Philippe Deruelle, secrétaire générale du Collège national des gynécologues et obstétricien de France et membre, au CHRU de Lille, du Centre de recherche sur les 1000 jours. «Le tabac, mais aussi les métaux lourds, le monoxyde de carbone, etc. présents dans la fumée ont des effets néfastes sur le développement du bébé durant ce que l'on appelle les “1000 jours”», la période qui part de la conception, voir un peu avant, jusqu'au deuxième anniversaire de l'enfant. Le fœtus subit donc une hypoxie chronique, un ralentissement cardio-vasculaire, son rythme respiratoire est modifié et il bouge moins dans le ventre de sa mère. L'enfant court un risque à court terme durant la grossesse et au début de sa vie, mais aussi à plus long terme, voire jusqu'à l'âge adulte.
• Un bébé riquiqui et trop pressé

Le bébé à venir peut être confortablement installé et disposer de tout l'ameublement requis, cela ne suffira pas s'il ne reçoit pas de carburant. Or le tabac réduit la circulation sanguine dans le placenta et donc les apports énergétiques au fœtus, et les produits chimiques présents dans le sang de la mère favorisent le retard de croissance intra-utérin. En moyenne, les enfants dont la mère a fumé 10 cigarettes par jour durant la grossesse pèsent à la naissance 200 grammes de moins que les autres. Poids, taille et pérmètre crânien sont tous trois réduits. «Il y a clairement un effet-dose», explique le Pr Deruelle. Mieux vaut donc, à défaut d'arrêter totalement, tout au moins diminuer au maximum le nombre de cigarettes.
Les risques de petite comme de grande prématurité sont multipliés par le tabac maternel, notamment à cause de la plus grande prévalence des accidents obstétricaux, mais aussi parce que le risque de rupture prématuré des membranes est multiplié par deux.
• Risque de mort subite

Le risque de mort subite du nourrison (décès inattendu et sans cause apparante d'un nourrisson en bonne santé) serait multiplié par deux ou trois par l'exposition au tabac, mais on ne sait pas exactement quelle part est attribuable à l'exposition in utero et à celle subit après la naissance. Une perturbation des centres cérébraux respiratoires pourrait être en cause, et le risque est augmenté si l'enfant partage le lit de sa mère fumeuse.
• Du lait parfum nicotine?

L'allaitement reste recommandé même en cas de tabagisme maternel. «L'allaitement a un tel bénéfice, car il peut contrecarrer le risque d'allergie et d'autres pathologies, qu'il vaut mieux que la mère allaite même si elle fume», plaide Philippe Deruelle. En revanche, la nicotine passe dans le lait maternel et est donc ingérée par le nourrisson qui tète. «On n'est pas certain que l'ingestion de nicotine ait un effet», précise le Pr Deruelle. Mais dans le doute, mieux vaut fumer le moins possible et ne pas le faire dans l'heure qui précède une tétée. A noter également, la production de lait peut être diminuée par le tabac.
• Cancers, asthme, diabète…

«La grande cible du tabac, c'est le poumon», assène le Pr Deruelle. L'asthme est plus fréquent chez les personnes exposées à la fumée in utero ou durant la petite enfance. «Globalement, ces enfants ont une plus grande sensibilité respiratoire et ont moins de capacités de se défendre contre les virus. Les infections seront plus nombreuses et, surtout, plus sévères», explique Philippe Deruelle.
Quant aux risques de cancers et de diabète, ils ont été évoqués mais sans certitude, notamment parce que les causes de survenue de ces pathologies sont tellement multiples qu'il est difficile d'incriminer spécifiquement le tabac durant la période périnatale.
"Source lefigaro.fr"